Ça, levez-vous charmants pastoureaux

Noël provençal

Ça, levez-vous charmants pastoureaux
Sortez de ce lieu champêtre,
Courez, venez dans ce hameau
Voir le Dieu qui vient de naître.
Sur le foin, entre deux animaux
Où son amour l'a fait naître.

— Vous me prenez pour un manant
Dites-moi qui vous êtes beau sire
Si vous êtes Hébreu ou Allemand
Votre langue fait bien rire
Si vous parlez patois ou français
Je saurai ce que vous voulez dire

— Je suis l'envoyé du Tout puissant
Venu du ciel empyrée
Pour vous porter expressément
La nouvelle désirée :
« Le Messie est né tout simplement
Dans cette basse contrée ».

— Vous me prenez toujours pour un manant
Pour me tenir ce langage
Je suis pauvre mais bon enfant
Sorti d'une bonne famille
Autrefois mon arrière-grand-père
Etait consul du village

— J'entends un peu votre propos
Mais ne comprends pas cette affaire
Qu'un Dieu soit né ainsi
Et fils d'une Vierge mère
Faites-moi l'honneur d'expliquer un peu
Comment cela a pu se faire

— L'opération du saint Esprit
A formé ce grand ouvrage,
La foi seule nous en instruit
Et dissipe le nuage.
C'est lui qu'Isaïe avait prédit,
Va donc, lui rendre hommage.

— J'y vais de suite mon bon ami
En jouant de ma musette
Je vais chercher quelque chose à offrir
A cette petite famille
Un tonnelet de lait ou de vin
Nous ferons la courte paille.

— A Bethléem, tout près ce lieu,
Vous verrez le roi des anges.
Vous le trouverez au milieu
D'une crèche, dans les langes.

— Dès que je serai arrivé
Nous saluerons l'accouchée
Et si je ne suis pas dérangé
Je gagnerai vite ma journée
Car si je peux voler l'enfant
On parlera de l'aubade.

— Alors vous êtes trop ambitieux,
Vous parlez en téméraire.
Seriez-vous si peu gracieux
Que de l'enlever à sa mère,
Voler un trésor si précieux,
Mais comment pourriez-vous faire ?

— J'irai me cacher dans un coin
Avec une blanche serviette
Je ferai amuser le poupon
Il me donnera la menotte
Si je l'attrapais sans façon
Je le mettrai dans ma jaquette.

— Puissiez-vous avoir, charmant berger
Ce que votre cœur désire
Allez, allez d'un pas léger
Voir Dieu pour qui tout respire,
Allez, ne craignez aucun danger.
Allez donc, je me retire.

— Bel ange, dépêchons-nous un peu
Pour achever notre affaire
Car pour aller dans ce trou
Il y a du chemin à faire;
Si on veut vite trouver la maison
Prenons l'âne de mon père.