Joseph sommeillait encore

Noël traditionnel français

Joseph sommeillait encore,
Quand un ange bien appris
Lui dit : Le Dieu que j'adore
Par moi vous donne avis.
Vous et l'enfant et sa mère,
Levez-vous,
Et fuyez de la colère
D'un jaloux.

C'est Hérode le Tétrarque
Qui, dans sa cour alarmé
Au bruit d'un nouveau monarque
Dans la Judée est né,
Tient pour lui livrer la guerre
Ses états
Et couvre toute la terre de soldats.

Partez à cette nouvelle,
Dans l'Egypte allez-vous-en ;
Jusqu'à ce qu'on vous appelle
Demeurez-y sûrement.
Quant à ce malheureux prince
Il mourra,
Et Jésus dans la province
Reviendra.

Du lit avec allégresse
Joseph se lève à l'instant,
Et sur sa docile ânesse
Monte la mère et l'enfant ;
L'ange servant de lumière
Les conduit ;
Le saint homme est par derrière,
Qui les suit.

Cependant on prend les armes
Par ordres du tyran :
Tout Bethléem est en larmes
Tout Bethléem est en sang.
Malheur à l'enfant qui crie
Au berceau :
Là se porte la furie
Du bourreau.

Sous le tranchant de l'épée
Devant les yeux des parents,
La province consternée
Voit tomber les Innocents
Comme des roses naissantes,
Que les vents
Ont jetées sous les plantes
Au printemps.

La nature dans les mères
De tout son pouvoir combat ;
Mais les cris ni les prières
Ne touchent point le soldat.
Il frappe, il perce, il déchire
Sans merci
L'enfant qui vient de sourire
Contre lui.

Le cruel tirant l'épée,
Après qu'il en a frappé,
La croit voir de sang trempée ;
Mais son espoir est trompé.
La victime n'est pas mûre,
Ce qui fait
Qu'il ne sort de la blessure
Que du lait.

La nourrice qui s'irrite,
Couvre au péril de sa main
L'enfant que le satellite
Veut arracher de son sein.
Dans cet étrange conteste
C'est pitié :
Le corps dans les mains lui reste
Par moitié.

Qui parut inconsolable
Ce fut la belle Rachel ;
De sa plainte lamentable
Retentit tout Israël :
Où sont-ils, ô mort cruelle !
Mes chers fils ?
L'écho disait après elle
Où sont-ils ?

Pour vous, ô femmes chrétiennes,
Ne poussez point de soupirs ;
Car l'Eglise en ses antiennes
Dit de ces petits martyrs
Qu'ils sont au pied des colonnes
D'un autel,
Se jouant de leurs couronnes
Dans le ciel.